NA BODEGA


Voici l'histoire que m'a contée un vieux pêcheur de l'étang de Bages, aux portes de Sallèles-d’Aude.

C'est l'histoire de Jeantou, qui vivait il y a bien longtemps dans une cabane au bord de l'étang. Il était encore jeune et vendait le produit de sa pêche tous les samedis sur le marché de Sallèles. C'était un bon gars bien sympathique, mais qui n'avait jamais réussi avec les jeunes filles du pays, peut-être à cause de cette odeur d'étang un peu étrange qui ne le quittait jamais.

Il faut dire qu'il vivait dans des conditions un peu précaires au bord de l'étang ; avec une chevrette pour seule compagnie. C'était une jolie petite chèvre toute blanche avec de jolies cornes qui lui donnait du lait de temps en temps et lui tenait compagnie.

Las de sa solitude et se rappelant de la légende d'Amandine et de ses amours avec le dieu Cers, il décida un beau jour de monter sur la colline Saint-Cyr dans l'espoir que le vieux dieu réaliserait tous ses vœux. Quand il fut au sommet de la colline, le vent se leva comme pour l'accueillir. Il s'assit au pied d'un grand pin d'Alep et bientôt, s'endormit, bercé par le souffle léger. Dans son rêve le Dieu Cers lui apparut et lui promis de réaliser 3 vœux.

Quand il se réveilla, la nuit allait bientôt tomber et se reprochant sa naïveté qui l'avait conduit à ces élucubrations il redescendit bien vite à sa cabane. Quand il ouvrit sa porte, il fut accueilli par un Bêêê ! Joyeux. Sa chevrette s'était impatientée et était rassurée de le revoir. En la regardant, Jeantou dit à haute voix : « finalement fidèle et gentille comme tu l'es, c'est toi qui devrais être ma femme » et là, Pouf ! Sa petite chevrette se transforma en belle jeune fille. Blonde comme les blés avec de grands yeux bleus. Il la regarda et dis : « Mais alors, je n’ai pas rêvé. Le Dieu a bien exaucé mon vœu ? » Ce à quoi sa nouvelle épouse répondit par un Bêêê ? Dubitatif.

Les jours passèrent et Jeantou avait du mal à s'adapter à cette nouvelle présence certes bien agréable, mais peu communicative. Il rentra un soir assez tard et fût accueilli par un Bêêê ? Un peu inquiet, il se justifia en disant qu'il avait fait une très bonne pêche.

- Bêêê ? questionna la jeune fille.

- Oui, bon d'accord, mais après je suis allé vendre ma pêche au village et j'ai gagné beaucoup d'argent.

- Bêêê ! répondit la jeune fille, enthousiaste.

- ah oui, mais après, je suis allé au café avec les copains pour fêter ça.

- Bêêê ? rétorqua la jeune fille, un peu contrariée.

- Et oui et malheureusement j'ai tout joué à la belote-contrée et j'ai tout perdu...

- Après un long silence la jeune fille, prononça un long «bêêê» triste.

Alors là Jeantou perdit patience, et dis tout à coup : « Quand tu pleurniches avec tes «Bêêê» languissants j'ai l'impression de vivre avec une cornemuse... »

Et là tout à coup, Pouf ! Sa jeune mariée se transforma en une grande et jolie «bodega»... Il la ramassa et la gonfla et fut surpris du son si mélodieux qui en sortit. Il l'accrocha au clou au-dessus de l'entrée et se promis d'aller jouer de sa cornemuse au marché dès le lendemain matin.

Il gagna beaucoup d'argent avec sa cornemuse, mais un jour il la surprit une nuit au bord de l'étang, dans un sabbat diabolique avec d'autres cornemuses étranges : bretonnes, italiennes, turques, espagnoles... En rentrant chez lui, il se fâcha de nouveau, en lui disant «qu'il avait, somme toute, une vie moins compliquée et moins étrange quand il vivait seul avec sa biquette!» Et là, Pouf ! Tout disparut ... et il se retrouva de nouveau avec sa chevrette.

Il retourna quelque temps plus tard sur la colline avec sa chèvre, s'endormit sous le vieux pin d'Alep et rêva du Dieu Cers qui lui dit qu'il avait voulu lui donner une leçon, mais qu'il y avait été un peu fort et lui promis de faire amende honorable.

Jeantou rencontra quelques mois plus tard une belle jeune fille, brune, qu'il épousa et dont il accepta sans broncher toutes les humeurs, les jérémiades et les plaintes. Ils vécurent heureux et eurent deux enfants, tous deux joueurs de Boudègue. Et leurs descendants devinrent tous «bodegaires»

C'est depuis ce jour qu'il fut décidé à Sallèles, de fêter «Dame Cornemuse» - Na Bodega - et le Dieu Cers, chaque année au printemps.

...E cric e crac mon conte es acabat !

Na Bodega vue par les enfants des écoles


Les dessins gagnants ayant inspiré le comité culture pour la réalisation de la première mascotte.

Retrouvez ci-dessous les dessins d'autres enfants